La pandémie de Covid-19 est-elle une « bonne » chose pour le climat comme beaucoup semblent l’énoncer un peu vite sur les réseaux sociaux ? Rien n’est moins sûr. Détails.

Mettons de côté le caractère peu éthique de considérer une pandémie comme une « bonne chose » pour le climat, pour savoir si cette pandémie et ses conséquences sur nos activités humaines sont une bonne chose pour le climat.

« Nous sommes le problème », ce hashtag a fait fureur sur les réseaux sociaux, initialement en réaction à la pollution qui a drastiquement baissé en Chine ou encore aux eaux de Venise qui se sont clarifiées après le confinement général. Étant donné que la relation causale qui unit « activité humaine » et « changement climatique » est maintenant admise par la communauté scientifique, il semble cohérent d’affirmer que le confinement général est à l’origine de ces conséquences positives pour l’environnement. Mais sont-elles vraiment positives ? Là est la question. À court terme : très certainement. Sur le long terme, cela pourrait être un désastre. Et spoiler : c’est bien le long terme qui nous intéresse dans cette lutte.

Se souvenir du passé 

« Les émissions ont toujours tendance à rebondir après une crise. » Ces mots sont ceux de François Gemenne, directeur du The Hugo Observatory et spécialiste en géopolitique de l’environnement, chercheur en science politique à l’université de Liège (Cedem) et à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (Cearc), et chercheur associé au Ceri au Médialab de Sciences Po. En Chine, le confinement prend fin et on constate déjà que les émissions reviennent de plus belle. Dès lors, François Gemenne nous rappelle que « le climat a besoin d’une baisse soutenue et régulière des émissions de gaz à effet de serre, pas d’une année blanche ».

Ne pas sous-estimer les gouvernements

Les gouvernements et les populations du monde entier sont peu actifs dans la lutte contre le changement climatique, où depuis plus de 30 ans les premiers cris d’alerte des scientifiques se faisaient entendre déjà. Et après une crise, ils entreprennent naturellement des plans de relance. Par exemple, le Canada a annoncé récemment un plan massif de soutien aux secteurs pétrolier et gazier. Côté transport, ce sera pour le secteur aérien et même pour les bateaux de croisière, mastodontes de la pollution atmosphérique

Même si ces plans de relance sont l’occasion de partir sur de bonnes bases, en planifiant une nouvelle économie bas carbone on peut craindre au contraire que l’on tente seulement de sauver notre économie énergétique classique. La relance économique pourra aussi servir d’arguments forts pour faire (encore plus) barrage à la lutte contre le changement climatique. La Tchéquie et la Pologne n’ont pas perdu de temps et demandent déjà l’abandon du Green New Deal européen.

Les conséquences des mauvais arguments

Non, il ne faut pas appliquer les mêmes mesures pour le climat que contre le Covid-19. Néanmoins, il faudrait être prêt à accepter certaines privations de liberté pour le climat aussi (moins drastiques), comme nous le faisons aujourd’hui pour la pandémie. 

De même, les formules évangéliques et spirituelles concernant la nature qui reprendrait ses droits n’ont aucun sens. En effet, bien des épidémies terribles ont décimé des populations avant que l’Homme ne vienne perturber le climat. Pour conclure, si on accepte d’agir pour le climat, il faut penser rationnellement cette lutte sur le plan scientifique, social, politique mais aussi (et surtout) philosophique.

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